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Une certaine vision du design

N° 138324 novembre 2025·Interview de une

Une certaine vision du design

Agathe Machavoine – Ublo

Interview réalisée par Christophe Chaptal

Design fax interviewe Agathe Machavoine, designer et cofondatrice d’Ublo, plateforme de gestion locative immobilière.

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« J’ai obtenu une agrégation d’arts appliqués à l’École normale et ai enseigné le design en université et en lycée. »

– Agathe Machavoine

L’interview

Agathe Machavoine, pourriez-vous vous présenter ?

A.M. J’ai obtenu une agrégation d’arts appliqués à l’École normale et ai enseigné le design en université et en lycée. Puis, j’ai fondé Wolfox, agence de design d’interfaces, qui est toujours en activité et qui a fêté ses 10 ans. Actuellement, je suis directrice produit d’Ublo, plateforme de gestion locative immobilière dont je suis par ailleurs la cofondatrice.

Justement, parlez-nous d’Ublo

A.M. C’est une aventure entrepreneuriale. Venant du design de logiciel, j’avais envie de passer du côté produit et de mener la barque de bout en bout. Mon associé, Flavien Douetteau, vient du monde bancaire et était particulièrement attiré par les métiers très immatures sur les questions digitales – dont l’immobilier fait partie. La gestion locative, en particulier, est très orientée business model descendant. Avec Ublo, nous sommes centrés sur l’utilisateur avec la volonté de comprendre ses réels besoins. Dans le monde immobilier, le locataire a très peu voix au chapitre : il n’est pas du tout considéré comme un client. L’idée, avec Ublo, est que l’on peut progressivement mettre le pied dans la porte comme dans d’autres industries qui ont fait le chemin de la relation client, et je pense notamment aux banques, ou même aux services publics. L’habitat est l’un de nos besoins fondamentaux et constitue un gros – voire le plus gros – poste de dépense. Malgré cela, la notion de service est jusqu’à présent nulle, ce qui est paradoxal. On s’est dit qu’on allait évangéliser doucement ce marché dans le but d’établir une relation forte entre professionnels et locataires. Dans cette optique, on équipe les acteurs de l’habitat public ou l’habitat social, car là se trouvent les publics qui ont le plus besoin de relations humaines. Quand on est dans la précarité, il est en effet difficile de comprendre le vocabulaire locatif : ainsi, le terme « bail » n’est pas du tout évident pour quelqu’un qui parle mal le français comme, par exemple, un étudiant étranger. Du coup, on essaie de mettre du lien entre toutes les parties prenantes. On veut connecter tout le monde à travers notre écosystème d’outils.

Quelles sont vos ambitions avec Ublo ?

A.M. Devenir un acteur majeur de la gestion locative ! Et aller encore plus loin en proposant la gratuité pour un certain nombre d’associations afin de consolider notre rôle social. Quand on fonde une start-up, on a les deux pieds dans le capitalisme : il faut être rentable pour pérenniser l’activité. Cela dit, rien n’empêche de trouver le bon compromis entre réalités économiques et ambitions sociales.

Quelle est votre vision du design tel que pratiqué et enseigné ?

A.M. J’ai longtemps été partagée, car la façon d’enseigner le design est finalement très élitiste. À l’École normale, j’ai étudié pendant des mois la notion de décors : voilà qui est passionnant, mais… élitiste. Or, le design est une représentation et il y a par ailleurs quantité d’études qui démontrent que c’est avec les images que les enfants réagissent le mieux. De ce point de vue, le design est, par conséquent, à la fois une démarche empirique et une discipline difficile d’accès, tout du moins dans la façon dont il est pratiqué et enseigné. Aujourd’hui, je suis toujours partagée, mais je me rends compte, cependant, que le design est en train de se démocratiser, notamment parce que les formations deviennent plus faciles d’accès, du fait qu’elles détricotent le design. C’est bien la preuve que le design n’est pas obligé d’en faire des tonnes pour se légitimer : il doit juste exister et se déployer. D’autre part, il y a de plus en plus de designers, et c’est une bonne chose, car il y a quantité de concepts derrière, et notamment celui de l’entrepreneuriat. En bref, le design fait partie des sciences humaines, avec sa quête de connaissance, sa méthodologie et ses éléments de preuve.

Après Ublo, vous pensez à quoi ?

A.M. Au-delà d’Ublo, je pense que je réfléchirai sérieusement à m’impliquer en politique, en m’appuyant sur le design. La politique a beaucoup à s’inspirer du design, notamment dans sa démarche de sincérité et d’humilité. La politique est un art du compromis, comme peut l’être le design.

Un message pour terminer ?

A.M. Si vos lecteurs souhaitent me donner leur avis, je suis preneuse !

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